C’est une blague ! Mais elle est où votre tour ? Après une Place des Tapis qui n’en a pas et une rue qui n’en est pas une, voilà une tour pas plus haute qu’un trottoir. Ne vous inquiétez pas, aventurier : la tour est bien réelle. Ou du moins elle ÉTAIT réelle.

Mr Horace Pitrat était un riche marseillais du XIXe siècle, ayant construit de nombreux immeubles pour accueillir les grands métiers Jacquard, dans la rue Sala. Il était aussi propriétaire du terrain sur lequel vous vous tenez. En ce lieu, le bâtisseur voulu ériger une tour de 300 pieds (environ 100 mètres) de haut, d’où l’on aurait aperçu Marseille (sa ville natale) et la mer. Vouée à accueillir observatoire et musée, il n’en sera rien.

Car le 27 Août… “ Babolat, sais-tu la nouvelle ? La tour Pitrat vient d’abouser.” À la moitié de sa construction, la tour s’écafoire (s’effondre) sur les pentes du mont Sauvage et tue une fillette. Reconstruite, mais moins haute cette fois (100 pieds), elle fut rachetée, puis transformée en établissement culinaire, Les délices de Beauregard. On raconte néanmoins que la maison était close bien avant sa faillite. Ironie du sort, le lieu fut repris pour en faire un pensionnat de jeunes filles tenu par les religieuses de Saint-François d’Assise en 1954.

Tristement célèbre, le nom de la Tour Pitrat fut repris pour nommer un journal en 1865, et aussi pour nommer une école maternelle. Pour Mr Pitrat, la seule chose à son nom n’est plus qu’une impasse tenante à la rue du Bon Pasteur

Sources :
LUC Robert, Les pentes de la Croix-Rousse au fil du temps, Éditions du Mot Passant, 2003, 120p, (Collection Au fil du temps)
guichetdusavoir.org [en ligne], Bibliothèque Municipale de Lyon : http://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?t=41518
BORDET Julie, La Ficelle se bambane : La Tour Pitrat dans La Ficelle n°29, 08 Avril 2011 : http://laficelle.com/wp-content/uploads/2014/04/29.pdf